Mercredi 21 octobre 2009 3 21 /10 /Oct /2009 06:15

"Parce une fois de plus, ce que nous voyons dans les actes de nos représentants, c'est une France archaïque, monarchiste, qui véhicule des messages d'un autre temps. Jean-Claude Michéa, plus que jamais a raison, comme il explique si bien dans son livre "La double pensée".
Pour ceux et celles qui croient encore vivre dans une République Laïque, lumière qui a éclairé tant d'espoir chez les peuples, et bien il est grand temps d'ouvrir les yeux avant qu'il ne soit trop tard."          Roland ( PG Prades)
 
Voici un texte  from Palestine : un peu d'Histoire... et réflexions qui en découlent


Transmis par Roland:

 Comme le veut une tradition multiséculaire, le nouveau Consul général de France à Jérusalem a solennellement "fait son entrée" hier au Saint-Sépulcre, au coeur de la Vieille ville de Jérusalem, comme protecteur des lieux saints et des Chrétiens.


Parti de la Porte de Jaffa, celle par laquelle entrent tous les hauts dignitaires et qui avait été élargie fin XIXe pour que le carrosse de Guillaume II puisse passer, le cortège consulaire, dont j’étais, a traversé à pied le quartier chrétien de la Vieille ville, escorté par deux "kawas", des gardes en livrée de janissaire de l'époque ottomane portant sabre, tarbouche et bâton de cérémonie, jusqu'aux portes du Saint-Sépulcre.

Le consul général a été accueilli à la basilique par les moines franciscains de la Custodie de Terre sainte, qui officient depuis le XIVe siècle au Saint-Sépulcre, considéré comme le "coeur de la foi chrétienne".

Cette cérémonie traditionnelle marque de facto la prise de fonction du consul général de France à Jérusalem qui, outre ses fonctions habituelles avec compétence territoriale non seulement sur la Ville sainte mais aussi sur les Territoires occupés par Israël depuis juin 1967, Cisjordanie et bande de Gaza, cumule des fonctions politiques et religieuses, puisqu’il continue à assumer un rôle de protection des lieux saints et des communautés religieuses. Tout cela froufroutait donc de cornettes et robes de bure.

 Cérémonie au Tombeau du Christ, dans lequel il entre seul (en principe, puisqu'il y avait maman et fiston sur ses talons), puis présentation de l’épée de Godefroy de Bouillon, descente à la chapelle où Ste Hélène a trouvé la vraie croix (on ne signale pas qu'avec tous les morceaux de la  vraie croix trouvés, on reconstituerait à peu près la foret amazonienne), passage au Golgotha, la main dans le trou laisse par la croix, bref, la totale. Le cortège ressort ensuite pour prendre la Via Dolorosa en sens inverse et remonter jusqu'à Ste Anne, ancienne église des Croisés devenue domaine national français, et qui jouxte le couvent de la Flagellation où Jésus fut emprisonné avant d’être jugé par Pilate, flagellé et livré aux Juifs. Là, nouvelle bénédiction et 'Te Deum' bêlé par les Sisters.

Piqué ça et là dans le discours : le CG est "honoré et fier que la France soit reconnue pour le rôle que l'Histoire lui confère depuis cinq siècles (à Jérusalem) vis-à-vis des Eglises d'Orient".
"La France entend continuer à assumer avec détermination ces responsabilités au nom du rayonnement de l'esprit de paix et de tolérance, valeurs plus que jamais nécessaires aujourd'hui dans cette région".

 Cette tradition de l'entrée officielle du consul général au Saint-Sépulcre, privilège qui n'est pas accordé aux autres diplomates laïcs, est à rechercher aux origines des relations entre la France et les sultans ottomans. La date de la première entrée est inconnue, mais les liens franco-ottomans remontent aux "capitulations" (accords) signées en 1535 entre François Ier et la Sublime Porte, première alliance entre un Roi Très Chrétien et un monarque musulman.
Comme cette alliance, à l'origine dirigée contre l'empereur Charles Quint, n'était pas du goût des autres puissances chrétiennes, François 1er, pour se racheter, obtint de Soliman le Magnifique le droit de protéger les chrétiens de Terre sainte.

La France a établi un consulat à Jérusalem sous Louis XIII, et c'est donc surtout à partir du XVIIe siècle que le royaume a eu des ambitions politico-religieuses en Orient, ce protectorat sur les populations chrétiennes ayant toujours été un instrument privilégié de l'influence française dans la région. La légitimité de la France comme protecteur des lieux saints et des Chrétiens repose à la fois sur les capitulations et sur le protectorat catholique accordé par le Vatican. Cela va se décliner entre autres par une panoplie de rites allant de la messe consulaire célébrée en différents sites religieux (auxquelles je suis convié, mais que j'ai toutes séchées l'an dernier, y'en a qui bossent...), jusqu'à ce privilège accordé au seul représentant de la France d'entrer officiellement et d'être accueilli par la Custodie dans le Saint Sépulcre dans les jours qui suivent sa prise de fonction.

Et sur le chemin du retour, traversant le souk arabe, on peut entendre : « …Et vous nous faites un fromage quand les filles musulmanes veulent porter le voile dans vos écoles ? Comment vous dites, déjà ? Au nom de la laïcité de la République ?  Vous pourriez nous expliquer, parce que là, on comprend plus très bien… »

 Il serait tellement facile de répondre qu'on vit toujours en monarchie...

Par Roland ( PG Prades) - Publié dans : Actualité Internationale
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