Il faudrait donc que je travaille jusqu’à mes 70 ans, puisque les 65 ans sont déjà actés pour moi, un grand merci à mes études au passage. Merde alors ! si j’avais su, j’aurais pas venu.
Le défoliant de la manipulation, diffusé par les forces à réaction gouvernementales, s’abat
sur nous depuis bientôt trois mois, ce nuage de cricket commence maintenant à me donner un léger bourdonnement dans les oreilles, et à vrai dire la nausée. J’ai pourtant sorti la tapette à mouches début mai, mais rien n’y fait. En fait,
ces funestes crickets et piètres orateurs hurlent à voix basse et feutrée dans les porte-voix médiatiques - et force est de constater qu'ils sont peu nombreux – ceux-ci semblent être tout
aussi ductile que l’or en fusion, et prêts à suivre n’importe quel veau d’or, à condition que celui-ci possède les atours et l’apanage de la puissance. Attention cependant, tout comme les
produits chimiques, ou les OGM, leurs toxicités, non létales sur la forme, modifient l’environnement social qui est le notre sur le long terme.
Le corps social Français possède ses us et coutumes, et la retraite à 60 ans, pour son corps défendant, est un des marqueur les plus visible de ce modèle. Ce rêve devenu réalité au
sortir de la seconde
Guerre Mondiale semble être devenu subitement le symbole de la cristallisation d'une contre-offensive du
néo-capitalisme. Ce néo-machin en gestation est de plus très agressif, il sort juste d’une mise en défaut idéologique sur le terrain des idées, mais également d’une réfutation sur son
terrain de prédilection, celui de l’économie.
Cette crise économique aura été a n’en pas douter le big-crunch de ce mode de société que nous avons connu jadis. On pourra d’ailleurs noter, au passage que ce capitalisme ne s’occupait que d’une
petite part congrue de notre Humanité.
Dans cette vision orientée du monde et de notre Humanité de la fin du du XXième siècle et de la première
décennie du siècle suivant, l’Homme ainsi que son biotope n’étaient guère qu’une marchandise comme une autre. L'homme réduit à sa fonctionnalité principale lorsqu'il était utile et productif
était un outil performant de l'élaboration de la richesse. De plus, sa liberté de se déplacer lui avait été enlevée (Frontières Nord-Sud) au détriment de la liberté de circuler des marchandises,
objet physique nécessaire à l’élaboration de ces richesses.
Comment ne pas rire désormais de ces ex-slogans au goût amer : « La concurrence libre et non faussée » liguée à sa non moins fameuse « libre circulation des
capitaux » ? Les libertés invoquées ici et là n’étaient en fait que celles des marchandises. Avec deux décennies de recul, il serait plus judicieux de les renommer en
« spoliation des populations sans précédents » et « dégradation de notre environnement irréversible ».
L’Homme et son biotope, dans les ex-pays riches mais également dans les pays en développement, n’ont connu que les variables d’ajustement de ces deux principes intangibles cités précédemment :
spoliation, humiliation, aliénation, intimidation, esclavage et dégradations écologiques de la faune et de la flore inconnue à de tels niveaux.
Ce néo-capitalisme, en train d’émerger sous nos yeux, est encore le pot-pourri du toujours très en vogue néo-conservatisme pro-atlantiste installé à l’Elysée. L’écume des jours, s’est désormais
transformée en écume du siècle passé, et ce dés-ordre déclinant nous déclame aujourd’hui sa foi
inébranlable en son avenir : un autre monde n’est pas possible…..on en a vu d’autre !
La guerre idéologique est pourtant terminée, l’expérience a montré l’échec de toutes les fariboles que l’on nous conte depuis trop longtemps maintenant.
Et pourtant, une contre-attaque anachronique vient d’être commandée par l’Elysée. Le front des retraites a été désigné par l’état-major, et le Château compte désormais sur cette bataille afin de
se remettre en selle sur un autre front enfoncé également : celui de sa popularité. De la poudre à canon est donc délivrée quotidiennement, comme en 1914-18 aux poilus afin de leur donner du
cœur à l’ouvrage, dans la soupe
médiatique primordiale. Et comme en 14-18, il s’agit encore de
livrer bataille contre le bon sens de tout un chacun. Il n’était pas humain de sortir de la tranchée au siècle dernier, et aujourd’hui il n’est toujours pas plus
humain de travailler, si tant est qu’il y ait du travail, au delà de 60 ans, si la personne ne le souhaite pas. Les réformes précédentes ont déjà rallongé la sauce, la fête est finie !
La « mère patrie » s’est muée en « mère des réformes » à cette occasion, et cet étendard brandis hier, comme un glaive, l'est aujourd'hui comme une
manipulation médiatique. Changement d'époque, adaptation des méthodes, on s’en va fabriquer du « consentement de masse
» désormais . Et comme on peut le noter régulièrement sur les plateaux télé, la poudre à canon médiatique a
relativement sale gueule.
Ici-bas, il n’y a pas assez de travail pour le monde, c’est comme cela, des pistes existent pourtant, mais il semble que
le conservatisme actuel, ayant largement fait ses preuves dans ses nombreux échecs passés, soit préféré à d’autres alternatives.
Dans notre entonnoir social normé, l’espèce y rentre comme de la chair à saucisse immature, pour en sortir calibrée au diamètre du goulot. Et il y’ a du déchet lors de cet équarrissage,
croyez-moi !
La main invisible est aveugle, elle appuie donc sur cette chair à saucisse salariale en haut de l’entonnoir avec une pression constante et continue, tandis que dégueulent ceux qui ne supportent plus cette pression. Une fois, dans le tuyau et grâce au consumérisme, une fois le crédit à la consommation accordé, la main invisible possède la créance et tire les ficelles.
Cela tombe bien d’ailleurs, puisque l’ex jeu-concourt de l’ascension sociale transformé à l’occasion de cette crise en « statique des corps à leur poste » est aujourd’hui surbooké en permanence. La retraite proposée par notre gouvernement ce mois-ci transforme notre système égalitaire en loterie nationale dans laquelle le Medef serait le bailleur de fond de cette société anonyme. C’est donc le MEDEF, le sourire tiré au botox, qui devrait bientôt tirer au sort les heureux gagnants du jeu-concourt de la vie afin d’allouer quelques places de retraite à quelques heureux spécimens qui auront malgré tout atteint cet age sans encombres.
Attention, il n’y en aura pas pour tous le monde, après cette réforme. Et c'est bien là l'objectif.
Alors, en ce qui me concerne, je considère que la réforme en cours ne mérite qu’une seule issue : un classement vertical dans l’armoire du ministère du travail, déjà bien pleine par ailleurs.
Comme je l’indiquais déjà dans ce billet, le dossier des retraites doit être traité sereinement par la prochaine majorité au sortir des urnes en 2012. Cette majorité devra se positionner d'ici là, celle-ci sera porteuse d’un légitimité que ne possède plus actuellement le gouvernement en place.



